Diocèse de Rouyn-Noranda

Extrait du site Web

Absolution individuelle et absolution collective : qu’en est-il ?

13 novembre 2008

Il est une pratique devenue courante parmi les chrétiennes et les chrétiens, c’est celle de participer à des célébrations collectives du pardon plutôt que de recourir à la confession individuelle. Ce n’est pourtant pas l’enseignement de l’Église. Qu’en est-il ?

Un peu d’histoire

Rappelons d’abord qu’en 2002, le pape Jean-Paul II écrivait une lettre apostolique intitulée Misericordia Dei, qui se traduit par La Miséricorde de Dieu. Dans cette lettre, il rappelait « que le sacrement de la réconciliation est un geste divin qui doit être vécu avec la plus haute considération ». Il appuyait de même sur les bienfaits de la confession individuelle.

En novembre 2007, le Vatican faisait suivre au clergé canadien l’application pratique de cette lettre. Ces considérations visaient à mettre l’accent sur la confession individuelle plutôt que collective et enjoignaient les évêques à prendre les mesures appropriées pour la favoriser.

Au printemps 2008, les évêques de la province ecclésiastique de Gatineau, dont fait partie le diocèse de Rouyn-Noranda, écrivaient à leur tour à tous les prêtres de leur diocèse respectif un texte « pour partager avec (eux) quelques réflexions sur la rencontre individuelle du sacrement de la pénitence et de la réconciliation, (lesquelles) ont pour but d’éclairer et de favoriser la forme individuelle du sacrement du pardon, sans présumer de l’accès à la forme collective. »

Et le 15 octobre dernier, l’évêque de Rouyn-Noranda, Mgr Dorylas Moreau, publiait ses « orientations diocésaines » sur les « célébrations communautaires du pardon avec absolution collective.

A-t-on peur de s’avouer pécheur ?

D’abord, selon l’exhortation apostolique du Pape en 2002, celui-ci rappelle que « la forme habituelle du sacrement doit être vécue dans le cadre d’une rencontre individuelle où il y a aveu des péchés. » À cet égard, nul besoin de se fouiller longtemps pour se rendre compte que les catholiques en général boudent la confession devant un prêtre en lui préférant la pardon collectif.

Les évêques reconnaissent également cet état de fait. « Au cours des dernières décennies en particulier, écrivent-ils, les croyants ont partiellement et progressivement perdu conscience du sens de la faute et de la démarche personnelle du sacrement de réconciliation. » Puis : « Chez plusieurs personnes s’ajoute aussi la grande difficulté habituelle de reconnaître sa culpabilité, de dire sa faute et de s’avouer pécheur. »

Valeur de la confession individuelle

Ainsi, les évêques remettent en valeur le « grand bienfait de l’aveu personnel pour atteindre à la véritable paix du cœur et à la liberté intérieure et spirituelle. » « La confession individuelle, précisent-ils, permet aux pénitents de nommer le péché dont ils ont pris conscience et dont ils souffrent. Une fois que le péché est nommé et reconnu, les pénitents sont plus en mesure, avec l’aide de Dieu, d’accepter leur situation et d’y travailler pour que la lumière puisse briller à nouveau en eux. » Au surplus, ajoutent-ils, « le pardon accueilli dans la rencontre individuelle se manifeste par le signe concret de l’absolution sacramentelle. L’acte personnel de l’aveu individuel permet de prononcer la parole du pardon pour une situation de vie exprimée et rappelée ainsi douloureusement à la conscience. C’est donc concrètement que le pénitent fait l’expérience de l’amour personnel de Dieu qui lui pardonne. Il le guérit dans sa situation spécifique absolument singulière. »

Et l’absolution collective alors ?

Si le Pape propose de revenir à la confession individuelle, est-ce à dire qu’il n’y aura plus désormais de célébrations communautaires du pardon avec absolution collective ?

Quelques extraits significatifs sur le sens de la réconciliation

« La raison d’être du sacrement du pardon est de refaire ou d’entretenir cette alliance fondamentale de Dieu avec chaque personne et de Dieu avec son peuple. » (Lettre des évêques de la Province ecclésiastique de Gatineau, no 1, mai 2008)

« (Le sacrement du pardon dans des célébrations pénitentielles communautaires avec absolution collective) permet de mieux exprimer la dimension ecclésiale publique de la pénitence et du pardon. Ces célébrations sont vécues avec profondeur et procurent un intense sentiment de paix. Par contre, le sens de la rencontre personnelle de chaque pénitent avec le Dieu de toutes miséricordes se trouve diminué de quelque manière. » (Ibid., no 4)

L’Église enseigne que la confession est requise surtout dans le cas de fautes graves. Quant aux fautes légères, dites vénielles, « le pardon peut-être obtenu par plusieurs moyens identifiés par l’Église en plus du sacrement lui-même (Catéchisme, nos 1434-1439) : l’examen de conscience personnel, la participation à l’Eucharistie, la prière, le jeûne et l’aumône, la lecture de la Parole de Dieu, les actes de bienveillance et de dévouement à l’égard des autres, l’exercice et la défense de la justice... » (Ibid, no 13)

« Toute l’efficacité de la Pénitence consiste à nous rétablir dans la grâce de Dieu et à nous unir à Lui dans une souveraine amitié. Le but et l’effet de ce sacrement sont donc la réconciliation avec Dieu. Chez ceux qui reçoivent le sacrement de Pénitence avec un cœur contrit et dans une disposition religieuse, il est suivi de la paix et de la tranquilité de la conscience, qu’accompagne une forte consolation spirituelle. En effet, le sacrement de la réconciliation avec Dieu apporte une véritable résurrection spirituelle, une restitution de la dignité et des biens de la vie des enfants de Dieu dont le plus précieux est l’amitié de Dieu (Lc 15, 32). » (Catéchisme de l’Église catholique, no 1468)

Dans ses « orientations diocésaines » du 15 octobre dernier au sujet des célébrations communautaires du pardon avec absolution collective, Mgr Moreau rappelle que le décret, bien qu’il demande explicitement aux pasteurs de mettre l’accent sur la confession individuelle, accepte néanmoins la forme collective du pardon dans des « situations de grave nécessité ».

Parmi ces conditions de grande nécessité, le décret de la CECC qui a reçu l’approbation de Rome explicite quelques situations particulières dont celle-ci : « Dans des communautés chrétiennes vivant dans des régions éloignées des grands centres et ne pouvant compter que sur la présence occasionnelle d’un nombre très restreint de prêtres souvent d’un âge très avancé, qui, en raison du nombre de personnes désirant confesser leurs péchés, ne peuvent pas célébrer le sacrement de manière convenable et dans des limites de temps appropriées ». « Je considère, écrit Mgr Moreau, que cette condition de grave nécessité continue de s’appliquer dans le diocèse. »

Jusqu’à maintenant, trois conditions ont prévalu dans le diocèse pour accepter l’absolution collective : « le manque de prêtres, la grande affluence de pénitents et le désir de ne pas les priver de la grâce sacramentelle dans un temps trop prolongé. » Dans cet esprit, notre évêque invite tous les pasteurs à revisiter les modalités des célébrations où l’absolution collective est offerte. À cet égard, les orientations diocésaines promulguent que :

1) « on ne peut continuer de recourir à l’absolution collective lorsqu’un tout petit groupe de fidèles est réuni ;

2) dans les paroisses plus petites, placées sous la responsabilité d’un même pasteur, la célébration communautaire du pardon avec absolution collective pourra se vivre à l’une ou l’autre église sans se retrouver dans tous les lieux de culte. On pourrait selon les temps forts de la liturgie et selon les années varier les lieux où cette célébration est offerte pour ne « pénaliser » aucune communauté. Dans tous les autres lieux de culte paroissiaux ou autres, la célébration individuelle du pardon sera alors proposée.

3) Il ajoute que la forme collective du pardon doit toujours être célébrée pour elle-même et non au début d’une messe, par exemple, ou à l’intérieur d’un autre type de célébration.

4) Il veut enfin que la « catéchèse du sacrement de pénitence et de réconciliation soit accentuée et valorisée dans tous les milieux du diocèse en s’efforçant de « tout mettre en œuvre pour révéler l’infinie richesse de la miséricorde de Dieu et faire mieux découvrir comment l’Église veut servir les désirs du Seigneur par le ministère qui nous est confié. »

Un article de Maurice Descoteaux publié dans L’Église de Rouyn-Noranda, vol. 9, n° 3, novembre 2008.

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