Originaire de l’Abitibi, Diane Simard a une formation en droit et en éducation. Elle a travaillé auprès des Premières Nations et des Inuits pendant vingt ans. Elle s’occupe de la formation à la vie chrétienne dans sa paroisse. Témiscamien d’origine, Yves Nolet est formé comme éducateur spécialisé et agent de pastorale. Il a travaillé dans le domaine municipal, a été fermier et est impliqué dans sa communauté depuis 35 ans.
Jonathan Barrette — Vous êtes allés tous les deux, entre autres en 2007, pour un projet missionnaire en Équateur. Pouvez-vous nous dire en quoi cela consistait ?
Diane Simard et Yves Nolet — Dans cette mission ainsi que dans celle de 2009, comme accompagnateurs, nous avions à soutenir le groupe de stagiaires de la formation missionnaire du diocèse, dans leur engagement concret dans le milieu et alimenter la réflexion sur leur expérience. Le projet consistait à nous solidariser avec les gens démunis et à être une présence aimante pour eux, cela à travers des activités : travail en garderie, aide scolaire, construction, visite de personne âgées et malades. Nous pouvons dire que de tels projets sont une richesse extraordinaire pour les personnes qui les vivent.
JB — Quelles furent vos motivations pour entreprendre une telle aventure ?
DS, YN — Le goût de la mission en Amérique du Sud et l’essentiel de notre motivation reposent sur l’ensemble de notre cheminement de vie et de foi. Il s’agit d’un appel présent depuis fort longtemps à être solidaires avec les plus pauvres, un appel également à vouloir vivre plus de justice et de fraternité. Nous voulions une retraite davantage centrée sur les valeurs du cœur et vivre ensemble un projet intensif allant en ce sens. La formation missionnaire que nous avons suivie de 2003 à 2005 a bien complété notre préparation pour un tel projet.
JB — Qu’est-ce que vous en avez retiré ?
DS, YN — Les gens d’Équateur nous ont accueillis chaleureusement, simplement, naturellement, un peu comme si nous faisions partie de leur vie. Ils nous ont ouvert la porte de leur maison et celle de leur cœur. Cela nous a touchés profondément. Nous avons rencontré « la richesse du cœur du pauvre, le cœur de Dieu ». Nous considérons ces marques de confiance comme étant un très grand privilège reçu. Les gens d’Équateur sont pour nous de véritables témoins de l’entraide, de la solidarité et d’humanité. Devant la souffrance rencontrée, nous avons à écouter, regarder, recevoir avec le cœur et les mains ouvertes ; poser de simples gestes, prendre la main, embrasser, croiser nos regards, en somme partager ce que nous sommes. Le Seigneur est là, présent pour nous faire découvrir la richesse des personnes et aussi nos propres pauvretés.
JB — Vous avez d’ailleurs adopté, il y a une vingtaine d’années, deux petites filles autochtones de Bolivie. Y voyez-vous un lien ?
DS, YN — Il y a définitivement un lien car lors de notre mariage, il y a bientôt 25 ans, nous avions le projet d’aller en Amérique du Sud œuvrer auprès d’enfants abandonnés. Nous avons alors choisi l’adoption de nos deux filles que nous aimons profondément. Déjà sensibilisés aux réalités des pays du Sud et des autres cultures, nous étions mûrs après cette longue attente pour vivre la mission à l’étranger.
JB — Qu’est-ce qui vous a motivé à retourner en Équateur cette fois-ci ?
DS, YN — Nous sommes allés en Équateur comme couple, pour nous consacrer davantage à la mission directement sur le terrain. En 2010 et 2011, nous avons été accueillis chez les Sœurs de l’Assomption à Quito où nous avons vécu des séjours de trois mois. Nous avons travaillé dans un centre de jour pour personnes âgées dans un quartier démuni de la ville et nous avons visité des malades, des handicapés, des gens isolés. Ayant dû quitter le pays de façon précipitée en 2010, nous voulions cette fois-ci retourner poursuivre et approfondir les liens développés avec eux, soucieux qu’ils ne se sentent pas abandonnés. Que ces personnes se sachent considérées et aimées, voilà des éléments motivateurs très importants pour nous, et qui nous incitent à vouloir poursuivre la mission. Nous en retirons la joie profonde d’une expérience intense de communion fraternelle où « l’être » a préséance sur « l’avoir ».
JB — Vous êtes également engagés dans votre communauté, à Laforce. De quelle façon ?
DS, YN — Sur le plan social et ecclésial, nos engagements dans la communauté ont passablement changé au cours des dernières années. Auparavant ils s’exerçaient dans le cadre plus formel de fonctions officielles. Nous sommes en mode « présence et accompagnement » pour aider notre Église en transition pour que Jésus Christ continue d’être présent au cœur de nos communautés. C’est aussi avec nos pauvretés et fragilités personnelles que nous continuons la route pour qu’advienne le Royaume de Dieu.
JB — Le projet missionnaire vous a-t-il influencés dans votre engagement communautaire ?
DS, YN — L’un et l’autre s’inter-influencent. Nos engagements communautaires du passé ont fait grandir notre désir de la mission et ce projet missionnaire en Équateur modifie notre regard et notre façon d’agir. Nous ne savons pas toujours à l’avance quelle direction prendront nos engagements. L’Esprit souffle où il veut et comme il veut. Et nous, nous faisons ce que nous pouvons pour concilier à la fois notre mission première, la famille, et celle auprès de nos frères et sœurs en humanité ici et ailleurs.
Un article de Jonathan Barrette publié dans L’Église de Rouyn-Noranda, vol. 12, no 10, juin 2012.
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